Des entrepreneurs de la Baie-des-Chaleurs nous expliquent pourquoi ils se sont lancés en affaires
Entreprendre, c’est le choix qu’a fait Lucille Roy Duchesneau
« Je suis une rêveuse … excessivement rationnelle. Il faut un certain rêve dans la vie, sans ça tu n’évolues pas. Je crois que j’avais la vocation comme on disait dans l’ancien temps.
Propriétaire de l’Hôtel Le Francis, Lucille Roy Duchesneau a non seulement rêvé d’avoir son entreprise hôtelière, mais elle a longuement caressé le projet de faire de son établissement un endroit «modèle», d’être une des meilleures en Gaspésie.
Déterminée et fière, elle peut dire aujourd’hui «Mission accomplie!».D’année en année, l’Hôtel Le Francis collectionne les honneurs, notamment le Grand Prix du tourisme gaspésien, décerné cette année par l’Association touristique régionale de la Gaspésie. À sentir l’enthousiasme sans borne de Lucille Roy Duchesneau, nul doute possible : elle est une femme d’affaires accomplie et qui plus est, heureuse d’avoir à ses côtés son fils Daniel qui partage ses aspirations, ses valeurs et sa passion. La relève est assurée, lance-t-elle, et c’est sécurisant.
Elle est tombée dedans quand elle était petite …
Cadre à la Direction de Ressources humaines Canada pendant 12 ans, Lucille Roy Duchesneau n’a jamais oublié son enfance et sa jeunesse passée à la Maison Blanche de New Carlisle. Au début des années 90, quand elle apprend que Chez Francis est en faillite, elle décide de faire l’acquisition de l’entreprise. Il lui fallait alors trouver les fonds nécessaires. « Il faut foncer!», dit-elle. «Le site me fascinait et je ne voulais pas passer à côté. Alors j’ai dit à la Banque Fédérale de développement : je ne sortirai pas d’ici sans avoir mon financement».
Ayant occupé un poste de supervision au Centre d’emploi du Canada de New Richmond pendant 12 ans, Lucille Roy Duchesneau était d’attaque. Mais qu’en est-il de l’autonomie indispensable pour tenir la route ? « Je suis indépendante. C’est de famille!», raconte-t-elle. «Chez nous, ma mère était la “boss”. En 1955, elle a acheté un char alors que mon père était en voyage. Elle a pris des cours de conduite avec 3 enfants à bord. Il fallait être audacieuse!». De son père, elle a hérité du côté sociable ; de son milieu familial, le dynamisme.
En toute confiance
L’hôtel Le Francis s’est refait une beauté, au grand plaisir des 33 employés et de la clientèle touristique et régionale. «J’aime le beau!», dit simplement madame Duchesneau. Les travaux de rénovation des dernières années ne l’ont pas empêchée de s’engager comme conseillère municipale ni de se joindre à l’Association des hôteliers du Québec ou aux tables sectorielles en tourisme.
Si elle trouve que «c’est une bibitte à problèmes» que de gérer une entreprise, Lucille Roy Duchesneau nous confie : «Je n’ai jamais douté. Quand tu veux quelque chose, tu mets les énergies qu’il faut pour l’avoir. Ça ne tue pas d’être en affaires ! Au contraire, c’est gratifiant à toutes les étapes ». Elle est capable de quelques conseils, lancés ça et là : il faut de la rigueur; il ne faut pas perdre les pédales en cas de difficultés; il faut se donner une structure d’entreprise solide; il faut savoir dissocier sa vie privée de celle de son entreprise pour se donner des bases financières solides; il faut faire preuve de solidarité avec les autres, même ses concurrents.
Et l’avenir?
«On ne sera jamais ce qu’on était. Nous n’aurons jamais les mêmes salaires ni les mêmes conditions de travail. Mais nous aurons peut-être quelque chose qui aura son pesant d’or». Lucille Roy Duchesneau est d’avis qu’il ne faut pas être négatif face à la fermeture de la Smurfitt-Stone. «Pendant que ça ferme là, d’autres choses naissent. Je pense que chacun de nous peut faire son petit bout de chemin», ajoute-t-elle.
Lucille Roy Duchesneau compte notamment sur la notoriété de la Baie-des-Chaleurs. «Avec la qualité d’aujourd’hui, j’assure mon demain. Si l’hôtellerie est belle, c’est toute la Baie-des-Chaleurs qui est belle. Nous avons une région forte en infrastructures de qualité. C’est ensuite à chacun de nous de faire son charme!»
Et la retraite? «Ça ne m’effleure même pas l’esprit», confie-t-elle simplement.
Retour en haut
Marjolaine Castonguay, une entrepreneure convaincue.
Étudiante au doctorat en biologie, Marjolaine Castonguay avait un projet en tête : ouvrir une boîte de consultants. La spécialisation? Le milieu aquatique. L’endroit? En Gaspésie. Elle est allée au bout de ses aspirations en fondant Pesca Environnement, à Maria. Cette entreprise multidisciplinaire a comme champ d’activités l’ensemble des disciplines reliées à l’environnement, notamment le secteur éolien.
Marjolaine Castonguay est de celles qui ne se sont pas laissées intimider par la démarche entrepreneuriale. « Je ne savais pas si j’avais le profil. Ce sont les autres, autour de moi, qui le percevaient et qui me le disaient. J’ai fini par y croire. » Elle connaissait toutefois ses valeurs et ses convictions. « J’aime aider les autres, expliquer, agir. » Et elle savait clairement ce qui l’intéressait : régler les problèmes reliés à l’environnement.
Elle a créé son entreprise en 1991, faisant fi des inquiétudes et des appréhensions. « Il faut prendre ça défi après défi, de six mois en six mois. Il ne faut pas craindre de ne pas avoir de contrats ou de manquer de financement pour les projets. C’est sûr qu’il faut avoir un bons sens de l’adaptation, savoir se virer de bord vite car on est toujours en train de s’adapter au marché ». Fondamentalement, Marjolaine Castonguay se fait confiance et sait s’entourer d’une bonne équipe de travail.
Retour en haut
Camille Gignac, de fil en aiguille
Blessé dans un accident de la route en 1986, Camille Gignac doit renoncer à son travail au ministère des Ressources naturelles. Ce qui devait être un simple passe-temps de convalescence est vite devenu une passion qui s’est transformée en un véritable projet d’affaires. En 1992, M. Gignac démarre La Fine Mouche, une entreprise de mouches et d’agrès de pêche sportive. C’était le début d’une nouvelle carrière.
Flairant de bonnes possibilités de développement dans le secteur de la pêche commerciale, M. Gignac se lance dans la vente d’agrès commerciaux et de cages à homards et à crabes. Peu de temps après, il bâtit son propre atelier de soudure pour fabriquer la structure des cages qu’il distribue partout dans les Maritimes. Aujourd’hui, plus d’une quinzaine de personnes sont à l’emploi de son entreprise, à Hopetown. Gageons que ce n’est pas fini, car Camille Gignac est une fine mouche, et il voit des occasions d’affaires partout.
Retour en haut
Dany Marquis, prendre le temps
Dany Marquis a choisi de s’établir à Carleton-sur-Mer parce qu’il a été séduit par la politique culturelle de l’endroit et la vision municipale du développement touristique. Son rêve? Ouvrir un café-librairie et vivre heureux avec sa petite famille de quatre enfants.
Au cours de l’étape du pré-démarrage de son entreprise, il a contourné de nombreuses embûches. Pour augmenter ses chances de réussite, il a réajusté son tir à maintes reprises. Dany a fait sienne la vieille maxime « Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage ». Son plan d’affaires, il l’a réécrit une trentaine de fois. La Taekwondo lui a appris la théorie des petits pas. De là lui vient sa persévérance.
Pour avoir accès au financement public et privé et partager les coûts d’opération, Danny Marquis a finalement scindé son projet en deux et fait appel à deux formes juridiques distinctes. La Brûlerie du Quai – importation, transformation et distribution de thé, café et cacao – est une entreprise privée alors que le Trag café-librairie est une coopérative de travailleurs qui vend les produits de la Brûlerie et fait la promotion de la littérature en région.
Retour en haut
Serres Jardins Nature, connaître ses opportunités et ses menaces
L’entreprise Serres Jardins-Nature produit exclusivement des tomates certifiées biologiques pour le marché de grande distribution. La mission de l’entreprise est claire : se positionner parmi les leaders de la culture abritée d’aliments biologiques de haute qualité et s’engager à satisfaire les besoins du marché tout en contribuant à la santé humaine.
Afin de remplir cette mission, la connaissance du marché et des tendances alimentaires est essentielle. Pour se positionner comme un joueur incontournable dans son secteur d’activités, Serres Jardins-Nature est constamment à l’affût des besoins des grands réseaux de distribution; l’entreprise cherche à connaître les opportunités et identifier les menaces reliées au secteur de l’alimentation biologique.
Responsable de la commercialisation, Germain Babin estime que « l’étude de marché va au-delà d’une simple analyse de la situation à un moment précis. C’est une démarche perpétuelle qui fait partie de notre quotidien. Avec les moyens de communication dont nous disposons aujourd’hui, il serait impensable pour une organisation comme la nôtre d’ignorer les besoins du marché. Bien connaître nos marchés, c’est le plus sûr moyen de conserver la meilleure place ».
Retour en haut
Jean-Guy Landry : “Ton plan d’affaires? Fais-le pour toi d’abord!”
Connaissez-vous une personne tellement intéressée par l’entrepreneuriat qu’elle en fait un hobby? Jean-Guy Landry est un véritable passionné du développement d’entreprises. Après une carrière d’entrepreneur bien remplie, notamment à la barre de Construction LFG, il met son expérience au service des entrepreneurs de la région. Au travail, il est conseiller en entreprises. Dans ses temps libres, il conseille les entrepreneurs en démarrage.
Comme bénévole ou au sein de l’Incubateur régional d’entreprises, Jean-Guy Landry insiste beaucoup sur le plan d’affaires : « Fais-le pas pour moi ou pour tes financiers, fais-le d’abord pour toi », lance-t-il aux entrepreneurs en herbe. Selon lui, la partie la plus importante réside dans la mission et la vision de l’entreprise. « C’est là qu’on retrouve l’essentiel du projet. Qu’est-ce que tu veux faire? Où veux-tu aller? Explique ton rêve! Créer une entreprise, c’est réaliser un rêve. Exprime ta passion! Pour se lancer en affaires, il faut être passionné. »
De tous les nouveaux entrepreneurs avec qui il collabore, le conseiller exige deux conditions fondamentales : « Ta vie familiale passe avant l’entreprise, et secundo, tu veux faire de l’argent. »
Pour Jean-Guy Landry, le développement de la région passe inévitablement par le développement de la culture entrepreneuriale. « Il ne faut pas hésiter à sortir des sentiers battus. Tout est possible! Plusieurs ont réussi parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible … »
